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Intimidation

Cyberintimidation chez les ados, signes et pistes d’action

Par  · 2 août 2026  · Mis à jour le 8 septembre 2026

Adolescent allongé sur son lit, la tête appuyée sur sa main, en train de regarder l'écran de son téléphone

À 22 h un mardi soir, un adolescent regarde son téléphone dans le noir. Personne ne crie, personne ne le pousse, et il n’existe aucune trace visible de ce qu’il a vécu le lendemain matin. Pourtant, quelque chose s’est brisé en lui.

La cyberintimidation présente une particularité : elle ne laisse aucune marque physique et ne s’arrête pas à la fin des classes. Elle suit le jeune jusqu’à la maison, jusque dans sa chambre, même la nuit.

Au Québec, près d’un jeune sur sept en est victime. Ce n’est pas un phénomène marginal, et il touche davantage les 12 à 17 ans que tout autre groupe d’âge.

Ce guide s’adresse aux parents, aux intervenants et aux jeunes eux-mêmes. Il présente les données québécoises actuelles, les signaux qui méritent attention, les facteurs qui protègent réellement, et la manière d’ouvrir la conversation sans braquer personne.

Cyberintimidation, ce que vivent les jeunes du Québec

Les chiffres proviennent de deux enquêtes populationnelles récentes, et ils convergent.

Selon les données compilées par l’Institut national de santé publique du Québec, 13 % des jeunes de 12 à 17 ans ont rapporté avoir subi de la cyberintimidation en 2022, à raison d’au moins deux à trois fois par mois au cours de l’année précédente. L’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2022-2023 dresse un portrait très semblable, avec 14 % des élèves.

Les manifestations ne se répartissent pas également. L’Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes permet de les classer par fréquence.

Manifestation rapportée Proportion des 12 à 17 ans au Canada
Menaces ou insultes en ligne ou par messages textes 16 %
Exclusion d’une communauté en ligne 13 %
Information blessante publiée à son sujet 9 %

L’exclusion arrive en deuxième position, juste derrière les insultes. C’est un point important : la cyberintimidation la plus fréquente n’est pas toujours celle qui fait du bruit. Être retiré d’un groupe de clavardage laisse peu de traces, mais frappe fort à un âge où l’appartenance au groupe structure l’identité.

Un autre constat ressort clairement de la recherche. La cyberintimidation est intimement liée à une utilisation intensive d’Internet, et particulièrement des réseaux sociaux. Certains travaux évoquent un seuil autour de trois heures par jour.

Pourquoi la cyberintimidation frappe autrement

Plusieurs caractéristiques distinguent l’intimidation en ligne de sa version traditionnelle, et elles s’additionnent.

Elle n’a pas d’horaire. L’école, la maison, le jour, la nuit : le jeune reste joignable en permanence. Il n’existe plus de lieu où déposer son sac et respirer.

L’auditoire est immédiat et vaste. Un geste posé une seule fois peut être vu par des centaines de personnes en quelques minutes. Les chercheurs parlent d’un effet boule de neige.

L’information persiste. Une capture d’écran ou une photo peut réapparaître des mois plus tard. Cette pérennité prolonge l’exposition bien au-delà du geste initial.

L’anonymat modifie les comportements. Certaines personnes qui n’auraient jamais posé de gestes d’intimidation en présence physique le font en ligne. L’écran procure un sentiment de pouvoir qui n’existe pas dans un corridor d’école.

Ce dernier point vaut la peine d’être souligné auprès des jeunes. Il arrive qu’un adolescent devienne auteur de cyberintimidation sans se reconnaître dans ce rôle, en participant à une chaîne de messages qui lui semble anodine.

L’article sur ce qu’il faut faire quand on vit de la cyberintimidation détaille les démarches concrètes du point de vue de la personne visée.

Signes qui peuvent indiquer qu’un jeune est visé

Un adolescent parle rarement de ce qui lui arrive en ligne, souvent par peur qu’on lui confisque son téléphone. Cette crainte explique une bonne part du silence.

Certains changements justifient d’ouvrir la porte à une conversation :

  • Réaction émotive marquée après avoir consulté son téléphone, suivie d’un repli
  • Abandon soudain d’un réseau social ou d’un jeu en ligne fréquenté quotidiennement
  • Dissimulation nouvelle de l’écran à l’approche d’un adulte
  • Troubles du sommeil, ou consultation du téléphone en pleine nuit
  • Absentéisme scolaire ou baisse marquée du rendement
  • Retrait progressif des amitiés, en ligne comme en personne
  • Commentaires dévalorisants sur soi-même, plus fréquents ou plus durs

Un seul de ces éléments ne signifie rien de précis. C’est leur convergence, ou un changement de rythme inhabituel, qui mérite attention.

Jeune fille à lunettes dans une pièce sombre, le visage éclairé par l'écran de son téléphone, signes de cyberintimidation

Facteurs qui protègent réellement les adolescents

La recherche a documenté des facteurs de protection, et ils dessinent une carte utile pour les parents comme pour les milieux scolaires.

Du côté du milieu, deux éléments ressortent : un climat scolaire positif et un sentiment de sécurité à l’école.

Du côté des relations, quatre facteurs sont documentés : des relations parent-enfant harmonieuses, un environnement familial positif, une supervision parentale de l’utilisation des technologies, et des relations sociales de qualité.

Du côté individuel, les facteurs protecteurs sont particulièrement intéressants parce qu’ils se développent. On y trouve l’empathie et l’intelligence émotionnelle, une estime de soi solide, des comportements prosociaux et une bonne gestion des émotions.

Ce dernier ensemble mérite qu’on s’y attarde. Il signifie que travailler la régulation émotionnelle et la capacité à se mettre à la place de l’autre agit à la fois sur le risque d’être visé et sur celui de devenir auteur. Un faible niveau d’empathie figure d’ailleurs parmi les facteurs associés au fait de poser des gestes de cyberintimidation.

L’article sur les façons de développer son empathie explore ce levier plus en détail.

Des outils d’intervention fondés sur la recherche sont disponibles gratuitement pour les milieux qui veulent structurer leur démarche.

Comment aborder le sujet sans braquer un adolescent

Trois principes reviennent constamment dans les pratiques documentées.

Séparer la conversation de la sanction

Un jeune qui craint de perdre son appareil se taira. Nommer d’emblée que l’objectif n’est pas de confisquer quoi que ce soit change la dynamique de l’échange.

Conserver les traces avant de réagir

Des captures d’écran datées facilitent toute démarche ultérieure, qu’il s’agisse d’un signalement à l’école ou à la plateforme. Supprimer les messages sous le coup de l’émotion prive la famille de ses appuis.

Élargir le cercle

Le soutien parental et le sentiment d’appartenance à l’école atténuent les effets de la cyberintimidation, y compris sur les idéations suicidaires. Impliquer l’école n’est pas une escalade, c’est l’activation d’un facteur de protection.

Ce que la recherche dit des conséquences

Les conséquences documentées chez les personnes visées incluent des symptômes dépressifs, de l’anxiété, une baisse de l’estime de soi, de la détresse psychologique, des comportements d’isolement et de l’absentéisme scolaire.

Une précision s’impose sur un point sensible. Les jeunes qui subissent ou qui posent des gestes de cyberintimidation présentent un risque plus élevé de pensées suicidaires que les autres. Les études ne permettent toutefois pas d’établir un lien de causalité directe, et cet effet semble modulé par d’autres facteurs comme le stress et la dépression.

Il faut aussi noter que la cyberintimidation demeure un phénomène récent et encore peu documenté à long terme. Les conséquences étudiées sont surtout celles qui apparaissent dans les mois ou les quelques années suivant les faits.

Agir tôt contre la cyberintimidation pour changer la suite

Trois choses ressortent de l’ensemble des données. Le phénomène de la cyberintimidation touche environ un jeune sur sept au Québec. Il se répercute sur la santé mentale de façon mesurable. Et les facteurs qui protègent sont largement à portée de main : la qualité du lien, la supervision bienveillante des technologies, l’empathie et la régulation émotionnelle.

La prévention efficace ne passe pas d’abord par le contrôle des appareils. Elle passe par le développement de compétences relationnelles qui servent partout, en ligne comme hors ligne, et par des milieux où un jeune sait qu’il sera cru s’il parle.

Deux adolescentes assises sur un banc dans une cour d'école, l'une souriant à l'autre, élèves en arrière-plan

Pour aller plus loin, des vidéos et des outils sur la gestion des émotions et la cyberintimidation sont accessibles gratuitement en ligne, aux côtés de services d’écoute disponibles en tout temps.

Foire aux questions

Selon l’Étude québécoise sur les rapports sociaux, 13 % des jeunes de 12 à 17 ans ont rapporté avoir été victimes de cyberintimidation en 2022, au moins deux à trois fois par mois. L’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire arrive à un portrait comparable, avec 14 % des élèves. Cela représente environ un jeune sur sept au Québec, un ordre de grandeur constant.

Cette réaction est compréhensible, mais elle risque d’isoler davantage le jeune et de le dissuader de se confier la prochaine fois. Retirer l’appareil coupe aussi l’accès à son réseau de soutien. La recherche pointe plutôt vers la supervision de l’utilisation des technologies, qui figure parmi les facteurs de protection documentés, et vers la conservation des preuves avant tout signalement à l’école ou à la plateforme.

Certains gestes posés en ligne peuvent constituer des infractions criminelles, notamment les menaces, le harcèlement criminel ou la diffusion non consensuelle d’images intimes. D’autres relèvent plutôt des règlements de l’école ou des conditions d’utilisation des plateformes. Un signalement à la police demeure possible, et conserver des captures d’écran datées facilite grandement les démarches, peu importe la voie choisie par la famille.

À propos de l’auteur

Président-directeur général et fondateur de la Fondation Isabelle et Luc Poirier

Président-directeur général et fondateur de la Fondation Isabelle et Luc Poirier, Jasmin Roy est un défenseur reconnu de la lutte contre l’intimidation et de la promotion de saines habitudes de vie émotionnelles et relationnelles. Son engagement lui a valu de nombreuses distinctions, dont la Médaille du service méritoire du Gouverneur général du Canada.